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Oyster Blues

Ostréiculture

Aurélien

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Le blues de Monsieur Huître - où l'on apprend que Socrate grince des dents en dormant et que Bob Dylan est encore coincé à Mobile avec le blues de Memphis.
September 21

Avalon Blues

 

 

 

   L'aventure du blues est truffée de belles histoires, qu’elles soient véridiques ou non – Robert Johnson rencontrant le diable aux crossroads – et je m’en vais raconter, encore, celle de Mississippi John Hurt.

   Il était une fois, en 1963, deux types férus de musique « nègre » comme on disait à l’époque, qui, écoutant des enregistrements oubliés datant de 1928, décidèrent de partir à la recherche de l’inconnu qui chantait dessus – un dénommé John Hurt. Dans une de ses chansons, l’inconnu évoquait une mystérieuse ville nommée Avalon. S’emparant d’un atlas, les deux types trouvèrent ce point perdu en plein Texas. Ni une, ni deux, ils partirent chercher le vieux Hurt.

 

 

   Dans ce bled poussiéreux, un passant leur indiqua une maison en haut de la colline. Ainsi Mike Stewart et Tom Hawskins tombèrent-ils sur un vieux noir travaillant dans son champ de maïs. Ils lui demandèrent s’il était bien celui qu’ils croyaient et lui racontèrent comment, à la ville, quelques blancs passionnés écoutaient avec délice ses vieux enregistrements, des antiquités qui avaient traversé le temps – le succès l’attendait. Mississippi John Hurt, qui n’avait rien demandé à personne, fut promptement conduit à Washington. On lui demanda d’enregistrer à nouveau – une quarantaine de titres – et quelques jours plus tard, il fut couvert de gloire sur la scène du festival de Newport. Sa musique rurale éminemment douce, mâtinée d’influences blues et folk venues d’une époque où l’on ne catégorisait pas les genres, connut un vif succès en plein blues revival, séduisant les blancs désireux de renouer avec les racines ; il fut enregistré durant trois années, gagnant suffisamment d’argent pour s’offrir une nouvelle maison, près d’Avalon.

   Il mourut dans la nuit du 2 novembre 1966, aussi paisible que puisse l’être un vieux bluesman. Il ressucita dans mon poste cette année, poussant sa voix caressante entre les plaintes gutturales de Charley Patton et le falsetto fiévreux de Robert Johnson. Le blues, à l’image d’Avalon, est une vielle ville aride qui, lorsqu’on s’y enfonce un peu, révèle toute sa magie. Je continuerai d'en parler ici :

 

http://mister-oyster.over-blog.com/

 

 

 
September 17

Charles Bukowski - vieux dégueulasse !

 

  

   Quand j’étais gosse, il m’arrivait de pénétrer dans la chambre du paternel en son absence pour aller farfouiller parmi la poussière de sa bibliothèque. A côté des Boris Vian et d’un exemplaire relié en cuir de la Sainte Bible, le nom d’un certain Bukowski attira ma curiosité : il s’agissait d’une vieille édition de Women, roman publié à la fin des années 70, qui me paraissait pour le moins grossier. Ayant lu la quatrième de couverture et feuilleté quelques pages émoustillantes, je le reposai sagement et me promettai de ne plus y toucher. Je l’oubliai.

 

   Puis, il y a quelques années, je retombai sur ce nom dans une librairie parisienne où je fis l’achat des célèbres Contes de la folie ordinaire, ouvrage dont on regrettera le titre original : Erections, Ejaculations, Exhibitions and General Tales of Ordinary Madness. Au fur et à mesure que j’avançais dans ce livre plein de sexe, de sueur et de cauchemars, je me suis souvenu de ce Women que j’avais eu trop tôt entre les mains, et je me suis pris d’une affection troublée pour le vieux Buk – aussi connu sous les noms de Hank et Henry Chinaski. Je décidai de me l’acheter, ce fameux Women – ainsi que le Journal d’un vieux dégueulasse et le Ragoût du Septuagénaire. Tous de grandes et jouissives claques.  

   Charles Bukowski fait dans l’art moderne. Ses histoires et poèmes constituent le reflet tordu et intériorisé d’une inqualifiable époque – reflet qui vous crache à la gueule, et Dieu sait que son haleine empeste le whisky. Entre bagarres, galipettes, blues et gueules de bois, Bukowski le génie, l’exalté, le désespéré, ouvre des abîmes bien noirs qui n’ont rien à voir avec la provoc’ petite-bourgeoise de nos contemporains (je pense notamment à deux auteures très médiatisées en cette stérile rentrée littéraire). Certaines de ses sentences avinées, de ses titres fous donnent le vertige : L’amour est un chien de l’enferLes jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines

 

   Souvent identifié aux auteurs de la Beat Generation – sa carrière sera lancée par Lawrence Ferlinghetti, éditeur et poète beat –, Buk s’en démarque pourtant totalement. Là où les Beat associent la littérature au jazz, Bukowski écoute Mähler en boucle et invente la poésie de gare porno-punk. Ayant ingurgité cette nouvelle modernité qui s’annonce, il la vomit. Si on se souviendra surtout, hélas, de son apparition tumultueuse dans l’émission Apostrophes de Bernard Pivot – aux côtés d’un Cavanna décontenancé –, il conviendrait plutôt de se re-plonger dans son œuvre boueuse, à laquelle l’épitaphe de sa tombe met un point d’interrogation en guise de point final : « DON’T TRY. »
 
 

BOB DYLAN

 

Par Charles Bukowsky, 1978. 

 

 

ces deux jeunes

dans l’impasse en face de chez moi

ils passent Bob Dylan

jour et nuit

sur leur stéréo

 

ils montent le son de leur stéréo

au maximum

et c’est une très bonne

stéréo

 

tout le voisinage

entend Bob Dylan

gratuitement

 

et c’est moi qui l’entend le plus

gratuitement de tous

parce que j’habite dans l’impasse

juste en face de chez eux

 

j’entends Dylan quand je chie

j’entends Dylan quand je baise

et même quand j’essaie de m’endormir

 

quelquefois je les vois

dehors sur le trottoir

très jeunes bien soignés

quand ils sortent pour aller s’acheter

de la bouffe

et du papier hygiénique

 

ils forment un des couples

les plus charmants

du voisinage.

 

 

September 16

T-Bone Walker - le blues qui swingue

 

Ce que j’aime bien avec les bluesmen, en plus de leurs inénarables talents en astrophysique – la théorie des cordes –, c’est leurs noms de scène évocateurs : Blind Lemon, Lightnin’ Hopkins, Howlin’ Wolf… Ainsi, j’ai souvent, que dis-je, toujours entendu celui d’Entrecôte Walker. Une belle pièce de viande rouge en perspective. Mais, traversant ma période delta (Charley Patton à plein volume dans la cuisine) j’ai mis un petit moment à me décider. Enfin, un jour, compulsant frénétiquement les trésors de chez Gibert – je ressemble assez, lorsque je cherche un disque, à une jeune femme errant fiévreusement au rayon cosmétiques de Carrefour –, je me suis offert ça :

 

 

A la première écoute, sous la douche, j’ai bondi de joie : ce blues swingue. Elève du mythique Blind Lemon Jefferson, T-Bone, traversant le temps, réconcilie les genres et les époques : l’élégance toute en rondeurs de B.B. King, les cuivres doux-amers des Big-Bands, un piano délicieusement jazzy et une guitare électrique grosse de tous les solos de l’histoire du rock à venir. L’espace et le temps repliés en un unique et saignant morceau de viande. On entend le souffle de Charlie Parker – le It de Kerouac. Le son, aérien, polymorphe, sécrète des émotions diverses, tisse des ambiances qui vont du cabaret enfumé à la chambre de motel. Entre swing élégant et douleur pudique, la musique de T-Bone, couronnée d’une voix qui rend hommage aux Ancêtres, rayonne d’émotion contenue. Annonçant le blues de Muddy Waters, elle jette un pont entre le Texas poussiérieux et l’électrique Chicago.

 

En définitive, avec Entrecôte Walker, j’ai découvert sous ma douche qu’on pouvait être un réac’ snobinard sans être forcément puriste.
 
 
  
 
Stormy Monday
 
 
 
 
 

September 14

D'Arthur C. Clarke à Fox Mulder

 

Je me trouve dans les Landes où je peste contre la pluie parce que, la nuit, il n’y a pas une étoile à se mettre sous la pupille. Pas une ! On se croirait à Paris, la teinte rosâtre du ciel en moins. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, subsistent quelques nuits magnifiques, incrustées de constellations scintillantes, dont le souvenir vous donne le cafard quand vous vous retrouvez sous les circonvolutions polluées du ciel d’Ile-de France. On a même un observatoire, dans le 04 : l’observatoire de Haute-Provence, à Saint-Michel – la grande classe. Cela dit, les étoiles là-bas commençent aussi à souffrir des pollutions nocturnes (c’est obscène, les pollutions nocturnes). Il n’y a guère que dans les Hautes-Alpes que le cosmos divin resplendit encore dans toute sa pureté.

 

Quelqu’un sur Shelter from the Storm m’a dit que le ciel bouché de Paris lui avait manqué. C’est intéressant – ça me fait penser à cette nouvelle d’Arthur C. Clarke, Les neuf milliards de noms de Dieu : lorsque les super-ordinateurs terriens ont calculé les neuf milliards de noms de Dieu, les étoiles commençent à s’éteindre, une par une. C’est triste, beau et très évocateur.

 

Quand j’étais môme, si je me plaisais tant à contempler les étoiles depuis ma fenêtre sisteronnaise, c’est que j’imaginais une infinité de fantastiques civilisations là-haut – des petits hommes verts dont certains, depuis quelque extra-terrestre fenêtre, observaient peut être le même rituel que moi. J’avais même – comme c’est touchant – fabriqué une petite machine, calquée sur celle que construit le petit garçon dans E.T., pour leur parler, leur dire bonne nuit. Les plombs de la maison ont sauté à la première utilisation, des badauds se sont rassemblés sous ma fenêtre en entendant une explosion. Il paraît même – mais c’est le paternel qui me l’a raconté, à mettre au conditionnel donc – qu’une nuit que je ne dormais pas à la maison, la machine s’est allumée toute seule. Entendant du raffut, mon père serait grimpé à l’étage et aurait découvert ma petite voiture radio-commandée fonçant en tous sens et à toute allure à travers la pièce… Ma réponse était arrivée !

 

Si j’aimais tant regarder les étoiles – et accessoirement converser avec elles –, c’est que j’y voyais de l’espoir. Mais déjà, X-Files et les revues ufologiques de bas étage venaient souiller cet espoir comme les pollutions urbaines encrassent le ciel. Je commençais à trop bien connaître l’histoire des rencontres du troisième type – et pas seulement la version Spielberg. J’avais trop goûté à la mayonnaise de l’affaire Roswell. Trop scruté les photographies de la fameuse vague belge, qui défraya la chronique entre 1990 et 1991 – à vrai dire, la seule affaire presque scientifiquement valable, avec ses empreintes sur écran radar. Des histoires belges, scientifiquement valables ! Lorsque l’un de ses prétendus mystérieux engins s’aventura un peu trop dans le ciel belge, l’armée de l’air fit décoller deux avions de chasse pour l’intercepter – en vain. Cette tentative d’interception, ça, ce n’est pas beau. Imaginez que des types débarquent un jour d’une autre planète, pour nous offrir le salut ou, plus prosaïquement, l’apéro : nous les acceuillerions à coups de missiles inter-continentaux. Ou alors, on leur demanderait de participer aux grandes manœuvres en Afghanistan, on leur apprendrait la real-politik.

 Aujourd’hui, quand enfin je parviens à distinguer une ou deux étoiles au firmament, je me contente de vaguement vouloir y croire. Pire : je me dis qu’avec ma machine, j’aurais dû les prévenir. « Faîtes gaffe, les gars : tenez-vous aussi loin de nous que possible ».

September 04

Never ending tour - encore !

 
Les bootlegs nouveaux sont arrivés, et j’ai manqué aux obligations du culte en omettant d’en parler. D’abord, le « special anniversary » de l’inénarrable Never Ending Tour, compilé pour les 20 ans du miracle. Oisiveté estivale oblige, je n’y ai participé que pour deux chansons (The times they’re a changin’ et Tangled up in blue si mes souvenirs sont bons). Cette compilation rassemble quelques uns des instants de grâce de la tournée sans fin, sélectionnés de façon nécessairement arbitraire parmi la masse de titres enregistrés live depuis ces deux décennies sur la route – le génie moderne se construit comme un road movie incessant, paradoxalement intemporel (je garde de côté cette idée qui peut être utile en cours de philo de l’art). Liens fournis par Noirdés' :
 

Ensuite, mettons Grenoble en bootleg. J’ai essayé d’imaginer quels seraient les moments les plus forts de cette charmante soirée, mais difficile de départager parmi Girl of the north country, Love Sick, Love minus zero, Hard rain gonna fall, Workingman’s blues, Ain’t talkin’ et Blowin’ in the wind (ouf !) :

http://rapidshare.com/files/124739791/Grenoble_19-6-2008part1.zip
http://rapidshare.com/files/124756228/Grenoble19-6-2008part2.zip
http://rapidshare.com/files/124757477/Grenoble_19-6-2008part3.zip

 

Et, tant que j'y suis, émergeant quelques minutes de l'interminable spirale du N.E.T, j'écoute cette récente compile intitulée Tell Tale Warnings, en attendant le bootleg officiel (Tell Tale Signs, petit bijou à paraître en octobre ! autant dire que le suspense est insoutenable) :

http://www.sendspace.com/file/n19q8r [Il se peut que ces liens expirent...]

 

 

 

 

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